Les protections hygiéniques jetables ne sont toujours ni sûres, ni écologiques

Publié le 15 mars 2021 

En moyenne, une femme est réglée pendant une quarantaine d’année, ce qui équivaut à environ 2500 à 3000 jours sur une vie. Et pour se protéger, ce ne sont pas moins de 10 000 à 15 000 protections hygiéniques qui sont utilisées par chacune d’entre nous.
Des chiffres déjà impressionnants, qui prennent encore une autre dimension lorsqu’on considère les impacts sur notre santé et l’environnement.

 

Les fabricants manquent de transparence

Ces dernières années, de nombreuses consommatrices et, par conséquent, plusieurs associations de défense des droits des consommateurs, se sont indignées du manque de transparence des fabricants quant à la composition exacte des protections hygiéniques. 

En effet, il est généralement impossible de dénicher une liste d’ingrédients précise, aussi bien directement sur les packagings que sur les sites internet des marques. La raison ? La loi n’y oblige aucunement les fabricants. 

Comme le rappelle 60 Millions de Consommateurs, l’absence d’une réglementation stricte ne permet pas de les contraindre à rendre publique la composition exacte de leurs protections à moins qu’elles contiennent l’un des 26 allergènes reconnus par l’Europe. En fait, ce sont des produits simplement soumis aux exigences de sécurité établis par la directive 2001/95/CE sur la sécurité générale des produits, qui requiert simplement que les produits mis sur le marché soient “sûrs”. 

Face à cet encadrement flou, à la réticence des marques à se montrer plus transparentes et aux inquiétudes et actions entreprises par les associations de consommateurs, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail en France) a mené l’enquête et remis un rapport complet en 2019

 

Des traces de composants controversés pour la santé

Le résultat de cette étude ? Comme l’avait déjà démontré 60 Millions de Consommateurs avec leurs tests propres en 2016, nombreuses sont les protections hygiéniques à être contaminées par des résidus de substances toxiques ou controversées. 

Si l’Anses a quant à elle déterminé qu’aucun seuil sanitaire n’était dépassé et que les risques n’étaient par conséquent à priori pas inquiétants, elle a tout de même lancé un appel demandant aux fabricants d’améliorer leurs compositions et la qualité des matières premières utilisées. 

Pourtant, cela ne parvient pas à convaincre tout le monde de l’inoffensivité des protections hygiéniques. Et pour cause : même si les quantités sont minimes, on y retrouve des résidus de substances douteuses telles que des dioxines, phtalates, glyphosate, lindane, quintozène et hexachlorobenzène soit des polluants industriels, perturbateurs endocriniens suspectés et pesticides interdits en Europe. 

Alors que les fabricants se défendent en assurant que la présence de ces substances toxiques ne relève pas de leur volonté mais qu’elles se sont glissées dans les matières premières ou sont apparues lors des procédés de fabrication, le résultat est le même : la contamination est bien là et ce n’est pas rassurant.  

 

Les communications des marques sont peu convaincantes

Si beaucoup de marques réagissent sur le sujet de procédé de blanchiment des protections au chlore, reconnu pour libérer des dioxines, en précisant qu’il s’agit d’une méthode qui n’est plus (ou peu) utilisée, le reste de leurs compositions n’est pas vraiment plus attrayant. 

Principalement conçues à partir de matières synthétiques (polyéthylène, polypropylène, polyester, viscose…), les protections hygiéniques embarquent en outre souvent des parfums, gels ou colorations dont les ingrédients ne sont une fois de plus pas précisés. 

Pour exemple, la célèbre marque Always tente de jouer la carte de la transparence en dédiant une page à la composition de ses protections mais, à notre sens, elle ne parvient pas à convaincre : les informations restent très vagues (on parle de « fibres synthétiques”, de “technologie de neutralisation des odeurs” ou encore de “perles de gel absorbant”), et n’incitent ainsi pas vraiment à la confiance.

Bref, difficile de se positionner sur le sujet alors que si peu d’informations claires et précises sont à disposition de la consommatrice. De notre côté, étant plutôt partisans d’une approche prudente, nous restons très dubitatifs quant à l’innocuité des protections conventionnelles au vu du peu d’études menées sur le sujet. 

 

Un impact désastreux sur l’environnement

Outre ces incidences sur notre santé, la quantité de déchets générés par ces protections peut être considérée comme un véritable désastre écologique. En effet, dans une société toujours plus concernée par l’impact de notre consommation sur l’écologie, les produits à usage unique, dont font partie les protections hygiéniques jetables, ont de plus en plus la vie dure.

Concrètement, une femme utiliserait en moyenne entre 5 000 à 15 000 protections sur une vie. Et, vu que la plupart des protections conventionnelles sont conçues en majeure partie de dérivés de plastique, on vous laisse imaginer leur degré de biodégradabilité… Entre les protections en elles-mêmes, les applicateurs des tampons, les emballages individuels et les packagings, pas besoin de faire un dessin !

Bref, s’il est indéniable que le développement de protections efficaces, discrètes et jetables  a eu de quoi séduire de nombreuses femmes de par son caractère novateur, le bilan aujourd’hui est tout autre. Pour beaucoup d’entre nous, la prise de conscience de l’impact de produits à usage unique et non biodégradable nous pousse à revenir à l’essentiel, en espérant y trouver des solutions plus saines et plus sûres. 

 

Le marché propose de plus en plus d’alternatives intéressantes

Heureusement, il existe de plus en plus d’alternatives pour pallier ces problèmes. Le changement le plus simple, qui brusque le moins les habitudes, est de s’orienter vers des protections jetables mais composées de matières naturelles et bio, à la fois plus sûres pour la santé et biodégradables. Bien sûr, la génération de déchets reste présente avec cette solution, mais un petit pas supplémentaire dans la bonne direction est à souligner. 

Notez cependant qu’il n’est pas impossible de retrouver des traces de substances nocives ou douteuses dans ces protections pourtant naturelles et souvent bio, comme l’avait souligné une enquête menée en 2016 sur toute une série de protections hygiéniques. 

Notre conseil ? Optez pour des marques bénéficiant de certifications ou labels reconnus, qui sont censés être garants de la qualité du produit. Et, si le risque zéro n’existe pas, on espère ainsi au moins s’en rapprocher. 

Au final, la solution la plus prometteuse à tous les niveaux semble être de se diriger vers des protections réutilisables. Serviettes hygiéniques lavables, cups ou encore culottes menstruelles ont clairement vu leur succès croître ces dernières années. Ainsi, on évite clairement le gaspillage et la production massive de déchets, tout en prenant soin de notre santé en choisissant des modèles en coton bio ou en silicone médical, par exemple.

Pour plus d’info sur comment choisir la protection la plus adaptée à vos envies et vos besoins et tout savoir sur leurs précautions d’utilisation et leurs avantages et inconvénients respectifs, restez à l’affût de notre article dédié, publié très prochainement !

 

Et le prix alors ?

De manière générale, il est bien possible que se diriger vers des protections hygiéniques jetables naturelles ou bio soit un peu plus coûteux. Néanmoins, après une (très) rapide analyse de marché, nous avons découvert des différences de prix qui devraient permettre à certaines d’entre vous de sauter le pas sans trop de difficultés.

Ainsi, un pack de protections de la marque distributeur Carrefour de 14 serviettes Ultra Normal revient à 2 €, soit 0,14 € la serviette. Chez la fameuse marque Always, se diriger vers un pack de 32 serviettes Ultra Taille 1 équivaut à dépenser 0,15 € par unité (prix trouvé au Carrefour). Enfin, nous avons trouvé les protections en coton bio de chez Natracare au prix de 7 € pour 3 x 14 serviettes sur l’e-commerce Greenweez, ce qui revient à 0,17 € par pièce. 

En ce qui concerne les protections réutilisables, il est vrai que le coût d’achat est nettement plus conséquent. Si vos besoins dépendent évidemment de votre cycle et votre flux, la marque Plim conseille par exemple l’achat de 8 à 16 serviettes lavables pour un cycle, en sachant que, toutes marques confondues, les prix varient généralement de 8 à 20 € par unité. Le prix des culottes menstruelles de qualité tourne quant à lui autour des 30 à 40 € la pièce, en sachant qu’elles peuvent souvent être portées plus longtemps (soit une dizaine d’heures). 

Cela dit, ce sont des investissements assez vite rentabilisés ! Pour info, la plupart des serviettes lavables peuvent tenir entre 5 et 10 ans, et doivent généralement être changées moins fréquemment que les protections jetables. 

Et, bien entendu, vous pouvez tout à fait opter pour un changement progressif plutôt que de chercher à vous fournir en protections pour un cycle complet du premier coup, étalant ainsi les dépenses.

 

Un bilan assez déconcertant

Au final, nous avons été assez surpris de constater que ce secteur semble assez peu en phase avec son époque. Alors qu’en tant que consommateurs, nous sommes de plus en plus nombreux à chercher à établir l’impact qu’ont notre mode de vie et les produits que nous utilisons au quotidien sur notre santé et notre planète, il reste extrêmement ardu de s’informer correctement sur les protections hygiéniques. 

Entre l’absence d’une réglementation stricte, un manque de transparence de la part des industriels, très peu d’études menées sur les compositions et les risques y étant liés et l’impact catastrophique qu’ont les protections sur notre environnement, c’est un marché qui fait un peu peur à voir en 2021. 

Certes, nous ne pouvons nier qu’il y a quelques années, le développement de protections jetables, pratiques, efficaces et peu chères a été une véritable révolution pour les femmes. Cependant, avec le recul que nous avons aujourd’hui, cela nous semble être un mode de consommation bien dépassé au vu des préoccupations sociétales actuelles.

Évidemment, nous sommes tous différents, et c’est donc à chacun d’entre nous de trouver l’équilibre idéal selon nos valeurs, nos besoins et nos moyens. Notre conseil ? N’attendons pas que le secteur décide (enfin) de progresser vers des fabrications plus sûres et transparentes pour faire bouger les choses et commencer à opérer des changements dans notre utilisation et consommation des protections hygiéniques. Notre corps et notre planète nous remercieront…

 

​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​Dotée d'un esprit très critique, cette récente diplômée en Langues et Littérature est particulièrement sensible à la composition et à l’origine des produits. Que ce soit pour prendre soin de vous ou de vos animaux de compagnie, on peut lui faire confiance pour vous proposer des sélections clean et responsables.